Mardi 10 octobre 2006
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Jean était las, moi aussi, mais le coeur y était. Il ne restait plus grand chose à faire avant de pouvoir se reposer. On mettait le point d'honneur aux préparatifs pour le feu d'artifice, encore quelques réglages et la réponse de MétéoSat et on pourra aller pioncer quelques heures avant la soirée.
La vie est parfois bête mais en retournant chez moi, j'ai eu une drôle d'impression, comme si l'obscurité s'emparait de moi, comme si dans les quelques minutes qui allaient suivre, je vivrai une des périodes les plus sombres de mon existence. Si je m'étais écouté à ce moment là, je me serai sûrement arrêté sur le bord de la route, j'aurais appelé un taxi, mais j'étais pressé de rejoindre ma femme et mes enfants, et surtout de dormir un peu.
Après ce moment d'angoisse, je me suis comme réveillé, je me souviens d'un camion, il était bleu avec une guirlande lumineuse dans la cabine, je l'ai vu grandir, grossir, devenir énorme jusqu'à ce que je ne voies plus que le sigle étoilé qui ornait le capot, et puis, le noir m'enveloppait, mais cette fois-ci, c'était plus qu'une simple impression.
Le premier souvenir qui me vient après ça, c'est la douleur, j'étais dans la salle d'opération je crois, je voulais hurler, je voulais pleurer, je voulais bouger, mais rien ne se passait comme je voulais, je n'arrivais même pas à ouvrir les yeux, c'est comme si mon esprit était enfermé dans ce corps qui ne faisait rien d'autre qu'avoir mal. J'entendais une femme demander continuellement des outils : bistouris, écarteurs, et autres instruments de torture, et près chaque demande une douleur plus vive.
Après ce "sommeil" douloureux, on m'a emporté, transporté, jusqu'à un endroit calme et chaud. Et ensuite, j'ai entendu Marivone parler près de moi, je l'ai sentie prendre ma main, et j'étais heureux malgré que je ne pouvais lui répondre. Puis, j'ai entendu mes enfants, tous les trois, ils parlaient tout bas "pour ne pas me réveiller".
Les années ont passé, je le sais parce que Marivone avait toujours cru que je l'entendais et que j'allais me réveiller, c'est pourquoi elle me mettait la radio tous les matins, quand elle passait avant d'aller travailler. Puis un jour, exactement trois ans après mon accident, mon testament entrait en vigueur, j'avais écrit qu'après trois année d'un état végétatif, je voudrai qu'on prenne mes organes pour les donner à plus nécessiteux et qu'on me mette sous ma terre natale ... Qu'est-ce qu'on peut écrire comme conneries quand on a pas vécu les choses, j'aurais mieux fait de me taire, maintenant, je vais mourir pour un vulgaire bout de papier, et pourtant, je ne suis pas mort, je vous entend, je suis là, tout au fond de mon corps, enfermé, s'il vous plaît, ne me tuez pas. Mais déjà, je sens que la mort s'approche avec ses outils, bistouris, écarteurs et autres instruments de torture ...
Par Rodrigue
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Mardi 10 octobre 2006
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2006
22:21
L'action se passe en décembre, tout est calme, comme d'habitude dans la petite ville de Brighton, en Grande-Bretagne. Les gens se sentent bien, et malgré une recrudescence de la criminalité, il y fait bon vivre. C'est en tout cas ce qu'aimait se dire Percheval tous les matins en prenant son café. Il n'avait jamais aimé le thé. Il était cadre dans une entreprise de fabrication de chaussettes en laine de lamas Alpagas. Il gagnait bien sa vie, était marié et avait deux enfants, qui étaient déjà grands maintenant. Malgré son âge plutôt avancé, 70 ans, il n'arrivait pas à se décider à arrêter.
Un jour, Percheval rencontra un jeune homme dans une petite rue peu fréquentée où il avait l'habitude d'aller se promener quand il cherchait le calme et la solitude. Dès le premier regard, il fut frappé de stupeur, cet homme, il le reconnaissait, c'était son portrait tout craché, mais celui de 50 ans auparavant, quand il était encore jeune. A cette époque, il ne connaissait même pas encore Jena, sa femme.
Ils se rapprochèrent l'un de l'autre jusqu'à se trouver face à face, ils restèrent là longtemps, à se toiser. Puis, sans mot dire, ils s'éloignèrent, passèrent leur chemin. Le lendemain, le vieil homme reprit le même chemin, à la même heure, il rencontra à nouveau le même jeune homme, fut toujours frappé par leur ressemblance, mais n'osa pas lui parler.
Le troisième jour, il avait pris tout son courage, était parti dans la ruelle, à la même heure, y resta longtemps, mais son jeune sosie ne vint pas. Pas plus que les deux jours qui suivirent. Percheval, déçu, honteux qu'à son âge, il soit encore aussi intimidé, abandonna l'idée de le revoir un jour. « Simple coïncidence » se dit-il.
Le destin a des vues pour chacun de nous. Percheval n'y avait jamais cru. Sa compagne avait beau lui répéter, il ne voulait même pas en entendre parler. Une semaine après sa première rencontre avec l'homme, Percheval le revit contrairement à toute attente. Il était sur le perron, et l'appelait « papa ». Tout à coup, il avait tout compris, la ressemblance et l'inquiétude qu'il avait ressentie : il était sorti. Malgré tout son amour pour lui, il n'avait jamais pu lui pardonner, il avait déshonoré le nom qu'il lui avait donné, le sang qui coulait dans ses veines, et pourtant, il le laissa entrer dans la maison qui jadis fut aussi la sienne.
Le jeune fils, une fois la porte fermée, sortit son nouveau jouet, un authentique Luger trouvé sur une brocante quelques jours après sa sortie de prison, le pointa en direction de la nuque de son père, et fit feu. Une fois, deux fois, trois fois, quatre, cinq, six, sept, huit, clic, clic, clic, le chargeur est vide. Sans même prêter attention au sang mêlé de sueur qui lui coule sur le visage et qui tombe en petites gouttes sur le sol, il part à la recherche d'argent dans tous les recoins de la maison, et ne trouve pour seul butin que quelques bijoux de peu de valeur.
Dans sa fuite, le jeune homme croise le chemin d'un camion, le rapport de force est énorme, il s'effondre, les babioles s'envolent, lui aussi est mort, à moitié écrasé sous le poids du semi-remorque, il n'a même pas eu le temps de se voir mourir, il est déjà éparpillé un peu partout sur la route...
Comme l'avait toujours dit Jena : « Le destin a des vues pour chacun de nous ». Elle était vivante, et n'avait que ses yeux pour pleurer, sa bouche pour crier.
Et le destin, lui, riait.
Par Rodrigue
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Mardi 10 octobre 2006
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2006
22:18
D'un côté, il y a un homme, cet homme n'a rien de particulier, si ce n'est le fait qu'il est grand, très grand, qu'il a les cheveux longs, bouclés, et brillants, brillants comme le Soleil en plein midi. Mais il n'est rien de plus. Il est juste là, nu comme un vers, attendant ...
De l'autre, il y a une petite foule qui s'amasse le long du trottoir, regardant cet homme en tenue d'Adam, feuille de vigne en moins, qui les observe de son piédestal brillant. Ils se demandent probablement ce qu'il attend, ce qu'il fait là, ce qu'il est. Ils se disent tous :
« Pourquoi attendre quand on peut faire les choses rapidement ? ». Mais il est ainsi, il aime prendre son temps, voir les choses, penser longuement, et puis, peut-être, si le cœur y est, agir ...
Alors que le temps se fait long, après des minutes interminables de regards jetés, il se décide à passer à autre chose, à faire ce pourquoi il est là, il fait quelques pas en avant, un, puis deux, puis trois, le voilà, sombrant, tout doucement, lentement, il vole, vole, bientôt, il touchera fond.
Après d'autres longues minutes, il était toujours nu, n'était rien de plus qu'auparavant. Les gens étaient toujours là, le regardant. Lui ne regarderait plus jamais. Et ils se demandent ce qu'il fait là, qui il est, ce qu'il est. Maintenant, ils savent ce qu'il attendait : la paix ...
Par Rodrigue
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