Mardi 10 octobre 2006
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L'action se passe en décembre, tout est calme, comme d'habitude dans la petite ville de Brighton, en Grande-Bretagne. Les gens se sentent bien, et malgré une recrudescence de la criminalité, il y fait bon vivre. C'est en tout cas ce qu'aimait se dire Percheval tous les matins en prenant son café. Il n'avait jamais aimé le thé. Il était cadre dans une entreprise de fabrication de chaussettes en laine de lamas Alpagas. Il gagnait bien sa vie, était marié et avait deux enfants, qui étaient déjà grands maintenant. Malgré son âge plutôt avancé, 70 ans, il n'arrivait pas à se décider à arrêter.
Un jour, Percheval rencontra un jeune homme dans une petite rue peu fréquentée où il avait l'habitude d'aller se promener quand il cherchait le calme et la solitude. Dès le premier regard, il fut frappé de stupeur, cet homme, il le reconnaissait, c'était son portrait tout craché, mais celui de 50 ans auparavant, quand il était encore jeune. A cette époque, il ne connaissait même pas encore Jena, sa femme.
Ils se rapprochèrent l'un de l'autre jusqu'à se trouver face à face, ils restèrent là longtemps, à se toiser. Puis, sans mot dire, ils s'éloignèrent, passèrent leur chemin. Le lendemain, le vieil homme reprit le même chemin, à la même heure, il rencontra à nouveau le même jeune homme, fut toujours frappé par leur ressemblance, mais n'osa pas lui parler.
Le troisième jour, il avait pris tout son courage, était parti dans la ruelle, à la même heure, y resta longtemps, mais son jeune sosie ne vint pas. Pas plus que les deux jours qui suivirent. Percheval, déçu, honteux qu'à son âge, il soit encore aussi intimidé, abandonna l'idée de le revoir un jour. « Simple coïncidence » se dit-il.
Le destin a des vues pour chacun de nous. Percheval n'y avait jamais cru. Sa compagne avait beau lui répéter, il ne voulait même pas en entendre parler. Une semaine après sa première rencontre avec l'homme, Percheval le revit contrairement à toute attente. Il était sur le perron, et l'appelait « papa ». Tout à coup, il avait tout compris, la ressemblance et l'inquiétude qu'il avait ressentie : il était sorti. Malgré tout son amour pour lui, il n'avait jamais pu lui pardonner, il avait déshonoré le nom qu'il lui avait donné, le sang qui coulait dans ses veines, et pourtant, il le laissa entrer dans la maison qui jadis fut aussi la sienne.
Le jeune fils, une fois la porte fermée, sortit son nouveau jouet, un authentique Luger trouvé sur une brocante quelques jours après sa sortie de prison, le pointa en direction de la nuque de son père, et fit feu. Une fois, deux fois, trois fois, quatre, cinq, six, sept, huit, clic, clic, clic, le chargeur est vide. Sans même prêter attention au sang mêlé de sueur qui lui coule sur le visage et qui tombe en petites gouttes sur le sol, il part à la recherche d'argent dans tous les recoins de la maison, et ne trouve pour seul butin que quelques bijoux de peu de valeur.
Dans sa fuite, le jeune homme croise le chemin d'un camion, le rapport de force est énorme, il s'effondre, les babioles s'envolent, lui aussi est mort, à moitié écrasé sous le poids du semi-remorque, il n'a même pas eu le temps de se voir mourir, il est déjà éparpillé un peu partout sur la route...
Comme l'avait toujours dit Jena : « Le destin a des vues pour chacun de nous ». Elle était vivante, et n'avait que ses yeux pour pleurer, sa bouche pour crier.
Et le destin, lui, riait.
Par Rodrigue
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Publié dans : Textes Personnels
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