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Mardi 10 octobre 2006 2 10 /10 /2006 22:25

  Jean était las, moi aussi, mais le coeur y était. Il ne restait plus grand chose à faire avant de pouvoir se reposer. On mettait le point d'honneur aux préparatifs pour le feu d'artifice, encore quelques réglages et la réponse de MétéoSat et on pourra aller pioncer quelques heures avant la soirée.
    La vie est parfois bête mais en retournant chez moi, j'ai eu une drôle d'impression, comme si l'obscurité s'emparait de moi, comme si dans les quelques minutes qui allaient suivre, je vivrai une des périodes les plus sombres de mon existence. Si je m'étais écouté à ce moment là, je me serai sûrement arrêté sur le bord de la route, j'aurais appelé un taxi, mais j'étais pressé de rejoindre ma femme et mes enfants, et surtout de dormir un peu.
Après ce moment d'angoisse, je me suis comme réveillé, je me souviens d'un camion, il était bleu avec une guirlande lumineuse dans la cabine, je l'ai vu grandir, grossir, devenir énorme jusqu'à ce que je ne voies plus que le sigle étoilé qui ornait le capot, et puis, le noir m'enveloppait, mais cette fois-ci, c'était plus qu'une simple impression.
Le premier souvenir qui me vient après ça, c'est la douleur, j'étais dans la salle d'opération je crois, je voulais hurler, je voulais pleurer, je voulais bouger, mais rien ne se passait comme je voulais, je n'arrivais même pas à ouvrir les yeux, c'est comme si mon esprit était enfermé dans ce corps qui ne faisait rien d'autre qu'avoir mal. J'entendais une femme demander continuellement des outils : bistouris, écarteurs, et autres instruments de torture, et près chaque demande une douleur plus vive.
    Après ce "sommeil" douloureux, on m'a emporté, transporté, jusqu'à un endroit calme et chaud. Et ensuite, j'ai entendu Marivone parler près de moi, je l'ai sentie prendre ma main, et j'étais heureux malgré que je ne pouvais lui répondre. Puis, j'ai entendu mes enfants, tous les trois, ils parlaient tout bas "pour ne pas me réveiller".
Les années ont passé, je le sais parce que Marivone avait toujours cru que je l'entendais et que j'allais me réveiller, c'est pourquoi elle me mettait la radio tous les matins, quand elle passait avant d'aller travailler. Puis un jour, exactement trois ans après mon accident, mon testament entrait en vigueur, j'avais écrit qu'après trois année d'un état végétatif, je voudrai qu'on prenne mes organes pour les donner à plus nécessiteux et qu'on me mette sous ma terre natale ... Qu'est-ce qu'on peut écrire comme conneries quand on a pas vécu les choses, j'aurais mieux fait de me taire, maintenant, je vais mourir pour un vulgaire bout de papier, et pourtant, je ne suis pas mort, je vous entend, je suis là, tout au fond de mon corps, enfermé, s'il vous plaît, ne me tuez pas. Mais déjà, je sens que la mort s'approche avec ses outils, bistouris, écarteurs et autres instruments de torture ...
Par Rodrigue - Publié dans : Textes Personnels
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